À Jérémie, la route est devenue une source permanente d’angoisse. Entre le non-respect des principes du code de la route et les interprétations mystiques qui circulent dans la population, les jérémiens vivent des jours sombres. Que ce soit dans les sections rurales ou sur la route nationale #7 reliant Carrefour Bacc à Campérin, les accidents se multiplient ces derniers mois.
Collisions entre camions et motocyclettes, chocs entre motos, pertes de contrôle… Les scénarios se répètent et, trop souvent, ils coûtent la vie aux conducteurs et à leurs passagers.
Selon un rapport communiqué par le porte-parole de la Police dans le département de la Grand’Anse, l’inspecteur Alex LEGAGNEUR, cinq (5) décès ont été enregistrés sur dix (10) cas d’accidents au cours du mois de janvier écoulé. Depuis le début du mois de février, plusieurs autres accidents ont déjà été signalés, avec leur lot de victimes, aggravant l’inquiétude au sein de la population.
Face à cette recrudescence, certaines voix évoquent des causes mystiques. Pour elles, ces drames seraient liés à des pratiques occultes, parlant même de « sacrifices » ou de « redevance de sang ». Ces interprétations, bien que présentes dans l’imaginaire collectif, détournent toutefois l’attention des véritables enjeux.
Il est vrai que, pour plus d’un, certains accidents auraient pu survenir par la faute de la magie. Sans s’attarder sur les détails pour distinguer le vrai du faux, il est préférable de se rappeler qu’un code de la route existe, régi par des principes stricts. Celui-ci vise précisément à garantir la sécurité des conducteurs, des passagers et des piétons. Alors, que faisons-nous de ces principes ? Qui les appliquera ?
Il est légitime de s’interroger sur le niveau de formation de certains conducteurs, sur le comportement imprudent de nombreux passagers, ainsi que sur l’état mécanique de plusieurs véhicules en circulation. Des propriétaires négligent l’entretien de leurs engins. D’autres surchargent motos et camions, transportant des poids excessifs en matériel ou en nombre de personnes, réduisant considérablement la capacité de freinage et l’équilibre du véhicule.
La question des infrastructures se pose également : absence ou insuffisance de panneaux de signalisation, manque de garde-fous sur certains tronçons, faible présence de contrôles routiers. À cela s’ajoute la facilité avec laquelle certains deviennent mototaximen ou chauffeurs de camion, parfois sans réelle formation, ni passage par une auto-école agréée, ni examens rigoureux délivrés par les instances compétentes.
L’augmentation du nombre de motocyclettes et la banalisation de la profession de chauffeur contribuent à aggraver la situation. Entre ignorance des règles, imprudence et laxisme dans l’octroi des permis de conduire, la circulation devient un terrain à haut risque.
Malgré tout, la population n’a pas d’autre choix que de continuer à vaquer à ses occupations quotidiennes, empruntant routes rurales et nationale, avec la peur constante de ne pas arriver à destination.
Plus qu’une fatalité ou qu’une explication mystique, les accidents routiers à Jérémie constituent un problème de responsabilité collective : autorités, forces de l’ordre, conducteurs, passagers et piétons sont tous concernés.
Face à la recrudescence inquiétante des accidents de la circulation, les responsables du Service départemental de la circulation des véhicules et de la Police routière ont tiré la sonnette d’alarme.
Conscients de l’urgence d’agir, ils ont, de concert avec l’Office d’Assurances des Véhicules Contre Tiers (OAVCT), proposé l’organisation d’un atelier de réflexion autour du thème :
« Sécurité routière, premier rempart dans la mission de protection des vies et des biens ».
Cet atelier vise à rassembler les principaux acteurs concernés afin de définir clairement les responsabilités de chacun, d’évaluer les causes profondes de cette situation alarmante et d’identifier des pistes de solutions concrètes. L’objectif est d’aboutir à une feuille de route cohérente et applicable, capable d’améliorer durablement la sécurité sur nos routes.
La population attend désormais de voir les retombées concrètes de cette initiative. Les décisions qui seront prises devront aller au-delà des discours pour contribuer réellement à réduire, voire freiner, cette vague d’accidents qui endeuille trop souvent les familles et fragilise la communauté.
Plus que jamais, l’heure est à l’action.