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Pa gen evenman san nou!

Les championnats de vacances, communément appelés « tournois de quartiers », constituent aujourd’hui le cœur battant du football en Haïti. En l’absence quasi totale de structures fédérales stables et de compétitions officielles régulières, ces événements estivaux ont muté bien au-delà du simple divertissement populaire. Ils s’imposent désormais comme l’unique vitrine compétitive visible et la principale source de revenus pour une jeunesse talentueuse mais livrée à elle-même. Ce phénomène interroge profondément les dynamiques de survie individuelle face aux impératifs de développement global du sport roi haïtien.

Au niveau individuel, ces tournois représentent une bouffée d’oxygène financière immédiate et indispensable pour les jeunes footballeurs. Les primes de match, souvent financées par la diaspora, le secteur privé local ou des mécènes politiques dans certaines villes comme Jérémie, Léogane, Petit-Goâve, Miragoâne, Saint-Marc, Pétion-Ville, pour ne citer que celles-là, permettent à ces athlètes de subvenir à leurs besoins basiques et à ceux de leurs familles. Pour beaucoup, fouler le gazon ou la terre battue pendant l’été est devenu un métier saisonnier informel mais lucratif. Cette économie parallèle valorise le talent brut de nos jeunes et leur offre une reconnaissance sociale immédiate au sein de leurs communautés respectives.

Sur le plan de la carrière, ces championnats font office de recruteurs à ciel ouvert, devenant  le seul espoir de visibilité professionnelle. Faute de championnat national de première division fonctionnelle, les agents, les recruteurs nationaux ou internationaux et les clubs locaux se tournent vers ces tournois pour dénicher les futures perles du football haïtien. C’est ici que se jouent des destins, où un dribble réussi ou un but spectaculaire peut se transformer en une licence pour disputer le championnat national et même en un billet d’avion vers un club professionnel à l’étranger. Pour les joueurs, le championnat de vacances n’est plus un loisir, c’est un tremplin crucial pour échapper à la précarité.

Cependant, cette dépendance aux tournois estivaux comporte des risques majeurs et immédiats pour la santé et la longévité des joueurs. L’absence de staff médical qualifié, l’état catastrophique des terrains et l’enchaînement frénétique des matchs exposent les athlètes à des blessures graves. Sans couverture d’assurance ni encadrement adéquat, une simple rupture de ligament peut briser définitivement une carrière prometteuse. De plus, la nature éphémère de ces gains financiers n’offre aucune sécurité à long terme, installant les joueurs dans une précarité structurelle une fois la saison estivale terminée.

D’un point de vue global, l’impact de ces championnats sur l’avenir du football haïtien s’avère tout aussi ambivalent. D’un côté, ils maintiennent la ferveur populaire autour du sport roi et préservent la culture footballistique du pays à un moment où les institutions officielles sont défaillantes. Ils agissent comme un incubateur sauvage qui maintient les joueurs en jambe et anime les stades des villes de province. Sans cette effervescence populaire et ce financement décentralisé, le football de haut niveau en Haïti risquerait de s’éteindre complètement de la mémoire collective.

D’un autre côté, la prédominance de ces tournois informels freine l’émergence d’une véritable industrie sportive nationale et durable. En canalisant l’essentiel des financements disponibles vers des événements de courte durée, ils privent les clubs professionnels et les écoles de football de ressources structurelles à long terme. Cette atomisation du football empêche la mise en place d’une direction technique nationale cohérente, d’un suivi tactique rigoureux et d’une formation académique standardisée des jeunes. Le football haïtien se complaît ainsi dans le culte du talent brut et de l’instantané, au détriment de la planification et de la performance internationale.

Pour mieux comprendre cette réalité, plusieurs acteurs et observateurs du football haïtien ont accepté de partager leurs points de vue sur l’influence des championnats de vacances, tant sur la carrière des joueurs que sur l’avenir du football national.

Jean Wenchel CHARLES : « Aucun avenir dans les championnats de vacances »

Contacté pour intervenir à ce sujet, Jean Wenchel CHARLES, Directeur Départemental par intérim du MJSAC/Grand’Anse, nous a d’abord interpellés sur l’état actuel du football haïtien ; en se demandant «S’il Existe-t-il réellement un football professionnel dans notre pays, ou du moins dans certaines régions ?» Pour lui, il s’agit d’une question extrêmement vaste, d’une interrogation essentielle, notamment en raison de la situation sécuritaire et structurelle actuelle du pays. Car, le pays est actuellement divisé en plusieurs parties ;  certaines zones sont accessibles, tandis que d’autres sont des zones de non-droit ou totalement inaccessibles. Néanmoins, il reconnaît que ces tournois procurent un revenu, certes limité, mais estime que leur impact sur le football professionnel demeure largement négatif en l’absence de normes et d’un encadrement adéquat. 

Si tous ces problèmes structurels et sécuritaires n’existaient pas, Coach Charles croit que : Les championnats de vacances auraient un impact négatif majeur sur le football professionnel. Cela restera vrai tant que les instances dirigeantes du football n’établiront pas des normes et des principes clairement définis pour encadrer le statut du joueur, qu’il soit professionnel ou en passe de le devenir. Pour lui, ces compétitions ne remplissent pas leur véritable fonction. Elles devraient, en théorie, permettre aux joueurs de maintenir leur condition physique durant la trêve du football professionnel. Pourtant, dans les faits, elles sont organisées sans véritable programme de préparation athlétique. Les joueurs subissent une accumulation excessive de matchs disputés à un rythme trop rapproché, parfois quotidiennement. En football, il existe une relation fondamentale entre l’effort et le repos. Chez nous, cette règle est totalement ignorée, car la majorité des organisateurs ne maîtrisent pas le sujet. »

Jean Wenchel CHARLES

Selon lui, la préparation physique et technique des joueurs ne peut être laissée au hasard. « Tout comme le jeu est régi par des lois, la préparation et la forme physique des pratiquants nécessitent des méthodes scientifiques précises. C’est ce suivi rigoureux qui permet d’observer une réelle différence entre un joueur professionnel et un amateur. »                                                                                                            

 Jean Wenchel CHARLES considère que les avantages de ces championnats restent limités. Un joueur talentueux peut certes se déplacer d’une ville à l’autre afin de gagner un peu d’argent, puisque ces compétitions sont très populaires et constituent actuellement l’une des rares activités disponibles. Cependant, il insiste sur la nécessité de distinguer le revenu immédiat de la construction d’une carrière : «Aucun avenir dans les championnats de vacances. Le seul avenir viable réside dans le football professionnel. Sur ce point, nous marchons totalement à l’envers.» Il estime toutefois que cette situation ne relève pas uniquement de la responsabilité des acteurs du football. Elle s’explique aussi par la situation globale du pays et par le manque d’investissement dans les institutions sportives. « Le problème du football en Haïti n’est pas le manque de talents. Nous regorgeons de talents. Notre véritable problème est le manque de moyens financiers et l’absence de dirigeants avisés pour piloter le football. » Les championnats de vacances peuvent contribuer à déformer les habitudes des jeunes joueurs lorsqu’ils ne bénéficient d’aucun encadrement. « Ces championnats de vacances finissent par détruire les joueurs, particulièrement les jeunes talents qui manquent d’orientation. En l’absence de tout encadrement, ils se contentent de se lever et d’aller jouer. Ces jeunes deviennent alors comme un “fer courbé” impossible à redresser à l’avenir, même s’ils intègrent plus tard un centre de formation, car ils n’ont pas acquis les bases techniques fondamentales. »                                                                                                                            

Ce constat, selon lui, est valable pour l’ensemble du pays, même si la situation est plus critique dans certaines régions. « Si ces tournois de vacances ou de quartier ne s’arrêtent jamais et que les joueurs y sont constamment disponibles, c’est précisément parce qu’il n’y a plus de football professionnel en Haïti. On peut même dire que ces championnats locaux ont presque remplacé notre championnat national. »

Genel AUGUSTE : « Une bouée de sauvetage économique et une vitrine pour les joueurs »

Pour Genel AUGUSTE, Coordonnateur Général de l’Association des Journalistes Sportifs de Léogâne (AJSL), le constat est différent. Selon lui, les championnats de vacances ont un impact positif sur le football professionnel haïtien. Bien qu’ils comportent certains risques physiques pour les athlètes, ils jouent un rôle clé dans la compétitivité et la survie économique des joueurs. Il indique que :

  • Les clubs professionnels éprouvent des difficultés à assumer pleinement les charges financières liées aux joueurs. La participation à ces tournois estivaux offre donc aux athlètes une source de revenus indispensable pour assurer leur stabilité économique durant la trêve.
  • Ces compétitions sont largement retransmises sur les pages et plateformes des entités organisatrices. Cette exposition médiatique permet aux joueurs de se faire remarquer par des recruteurs et, dans certains cas, de décrocher des opportunités ou des contrats professionnels.
Genel AUGUSTE

L’actuel patron de l’AJSL relève néanmoins un inconvénient majeur pour les clubs, celle de la gestion physique des joueurs. Motivés par l’enjeu financier, certains athlètes continuent de jouer malgré des blessures. À la reprise du championnat, les clubs peuvent alors récupérer des joueurs physiquement diminués, incapables de performer au maximum de leurs capacités au moment où l’équipe a le plus besoin d’eux.

Guyto JEUDI : « Un football professionnel éloigné de la réalité »

De son côté, Guyto JEUDI, journaliste sportif, présentateur d’une émission sportive de la Radio Amikal (101.9 FM) à Léogâne et rédacteur des quotidiens sportifs Geneco Haïti et Dynamique Info Sport, estime que le football professionnel de la FHF, la Fédération Haïtienne de Football, est « bien loin de la réalité ».

Guyto JEUDI

Il identifie notamment trois grands problèmes :

  1. Le manque d’infrastructures sportives normées : Le constat est celui d’une absence d’infrastructures répondant aux normes internationales, avec des terrains de jeu dont l’état demeure critique et déplorable.
  2. La précarité financière et logistique des clubs : La majorité des clubs éprouvent des difficultés à assumer leurs responsabilités envers les athlètes. Cette situation se traduit notamment par une prise en charge insuffisante sur les plans financier, médical et nutritionnel.
  3. L’impact de la crise sociopolitique : L’instabilité du pays empêche le déroulement du championnat national dans son format habituel. La compétition est actuellement divisée en deux blocs distincts, tandis que les conditions de déplacement restent extrêmement critiques et dangereuses pour les joueurs.

Rose Shirdline JEUNE: « Il faut créer une passerelle vers le professionnel »

La jeune et prometteuse chroniqueuse sportive de la radio Extension (101.9 FM) à Jérémie n’a pas non plus hésité à partager ses réflexions autour de ce sujet. Selon elle, les championnats de vacances peuvent jouer un rôle important dans l’avenir du football professionnel en Haïti, puisqu’ils représentent l’un des espaces où de nombreux jeunes joueurs trouvent leur première occasion de montrer leur talent.

Sur le plan individuel, pour Rose Shirdline, la participation à ces championnats peut aider un joueur à développer sa technique, à améliorer sa condition physique, à acquérir davantage d’expérience en compétition et à renforcer sa confiance en lui. Ces compétitions peuvent également offrir aux joueurs à potentiel une plus grande visibilité auprès des entraîneurs, des clubs et des recruteurs. Cependant, les effets des championnats de vacances ne sont pas toujours positifs. Lorsque les compétitions sont mal organisées ou que la pression de la victoire devient excessive, les jeunes joueurs peuvent se concentrer davantage sur les résultats que sur leur développement. Et, il existe également un risque que certains joueurs restent bloqués dans les championnats de vacances sans trouver de véritable passerelle vers le football professionnel. De plus, lorsque l’état des terrains, l’encadrement technique ainsi que le suivi médical ou administratif ne sont pas adéquats, cela peut limiter la progression des joueurs et augmenter le risque de blessures.

Rose Shirdline JEUNE

Sur le plan global, a avancé la jeune journaliste sportive, les championnats de vacances peuvent néanmoins constituer une base importante pour le renouvellement du football haïtien. Ils permettent de découvrir une nouvelle génération de joueurs et d’élargir le nombre de jeunes pratiquant le football dans différentes communautés. Si un système est mis en place afin que les clubs professionnels, les entraîneurs et les responsables du football suivent ces compétitions, celles-ci peuvent devenir un véritable réseau de détection et de formation des talents. Le plus grand défi reste donc la connexion entre les championnats de vacances et le football professionnel. Il ne suffit pas de découvrir un jeune talent : il faut également disposer de structures capables de l’accompagner, de le former et de lui permettre de franchir progressivement les différents paliers. Sans un lien direct entre les championnats de vacances, les centres de formation et les clubs professionnels, de nombreux talents risquent de se perdre en chemin.                                                                                                              

C’est pourquoi, encore selon elle, les championnats de vacances ne doivent pas être considérés uniquement comme une activité de loisir ou une compétition saisonnière. Ils peuvent faire partie intégrante du système de développement du football haïtien. S’ils sont bien organisés, si la formation et le développement des joueurs deviennent prioritaires et si un suivi adéquat est assuré après les compétitions, ils peuvent contribuer considérablement à la préparation d’une nouvelle génération de joueurs pour le football professionnel en Haïti.

Bénédick PIERRE-LOUIS : « Mieux organiser plutôt que supprimer »

En tant qu’observateur et entraîneur de club de championnat de vacances, Bénédick PIERRE-LOUIS considère les championnats de vacances comme une réalité culturelle incontournable, mais également comme un défi pour le football professionnel.

Pour lui, il est nécessaire de mettre en place certains mécanismes afin de protéger les joueurs et le football professionnel. Une plus grande collaboration devrait exister entre les organisateurs des championnats de vacances, les clubs et les responsables du football. Cette collaboration devrait notamment permettre de contrôler le nombre de matchs disputés par chaque joueur, d’améliorer l’état des terrains, de renforcer les mesures de sécurité et d’encourager le respect des règles du jeu.

Benedick PIERRE-LOUIS

Le championnat de vacances représente, à ses yeux, une partie importante de la culture du football haïtien. L’objectif ne devrait donc pas être d’éliminer ce phénomène, mais plutôt de mieux l’organiser afin qu’il puisse continuer à offrir du plaisir, des opportunités économiques et des espaces de développement aux talents, sans mettre en danger la santé des joueurs ni l’avenir du football professionnel.

Marc-Antoine MOISE : « Entre passion populaire et dérives »

Pour Marc-Antoine MOISE, fondateur de l’équipementier Wanga Sport, les championnats de vacances mettent particulièrement en évidence le plaisir, l’ambiance et l’énergie du football dans les communautés locales. Le football étant l’un des sports les plus aimés des Haïtiens, cette pratique qui réunit joueurs amateurs et professionnels constitue, pour plusieurs d’entre eux, une importante source de revenus.

Marc-Antoine MOISE

Toutefois, selon lui, les championnats qui devraient constituer un atout pour le football haïtien peuvent malheureusement se retourner contre celui-ci en raison du manque de structures et d’encadrement. Il déplore notamment le fait que les joueurs ne tiennent pas suffisamment compte de leur condition physique. Il critique également certaines pratiques de responsables de championnats de vacances, qui, selon lui, privilégient parfois des croyances ou pratiques mystiques au détriment de la préparation et de l’entraînement des joueurs.

Cette situation peut, toujours selon Marc-Antoine MOISE, affecter la confiance des joueurs en leurs propres capacités et détourner l’attention de l’essentiel : le travail, la formation et la préparation sportive.

Georges Stéphano LOVINSKY : « Un patrimoine culturel et sportif »

Georges Stéphano LOVINSKY, formateur sportif et ancien directeur technique de Les Cayes FC, considère le championnat de vacances comme l’une des activités auxquelles les Haïtiens accordent une importance particulière : « Le championnat de vacances est l’une des activités avec lesquelles les Haïtiens ne plaisantent pas. C’est un patrimoine culturel et sportif. Comme toute autre activité, il présente plusieurs avantages, tout comme il a des inconvénients. »

Georges Stéphano LOVINSKY

Parmi les avantages, il cite d’abord la visibilité offerte aux jeunes. D’abord, il le décrit comme étant une vitrine pour les talents.
Les championnats de vacances constituent un espace où les jeunes peuvent exposer leurs qualités. Pour beaucoup, il s’agit du seul cadre disponible, puisqu’ils ne fréquentent pas nécessairement une école de football ou une académie structurée susceptible de promouvoir leur talent. C’est donc dans ces compétitions que des recruteurs, des entraîneurs et des responsables de clubs peuvent découvrir de nouveaux joueurs. Ensuite, il voit l’organisation des championnats de vacances comme moteur qui aura maintenir le football en vie. Et que, ces compétitions contribuent également à maintenir le football actif dans le pays et évitent que les personnes qui vivent uniquement de cette discipline restent sans activité pendant une grande partie de l’année, notamment lorsque le championnat national ne peut être organisé. Pour enfin terminer par voir que, les championnats de vacances permettent aussi à de nombreux jeunes de disposer de moyens financiers pour réaliser différents projets personnels, puisqu’il s’agit de l’une des périodes durant lesquelles les footballeurs peuvent gagner le plus d’argent. Ce qui fait du football de vacances une source principale de revenus.

Au-delàs de ces avantages, Georges Stéphano LOVINSKY souligne également plusieurs inconvénients de cette pratique, Tels :

  • Une forte usure physique. Le rythme trop fréquent des matchs détruit physiquement de nombreux joueurs. Certains disputent parfois plusieurs rencontres au cours d’une même journée, sur des terrains en mauvais état et sans échauffement adéquat. Dans la majorité des cas, il n’existe ni assistance médicale ni prise en charge appropriée en cas de blessure.
  • Un déséquilibre financier entre les tournois et les clubs. L’écart entre les sommes versées aux joueurs dans les championnats de vacances et celles qu’ils perçoivent dans leurs clubs peut également créer un problème. Cette différence pousse certains joueurs à accorder la priorité aux compétitions estivales au détriment du championnat national. Par conséquent, les clubs ne disposent pas toujours de la meilleure version de leurs joueurs lorsque reprend la compétition officielle.
  • Des conflits liés à l’absence de régulation. Le caractère informel des contrats entre les joueurs et les équipes génère de nombreux conflits. L’absence d’une instance capable de réguler les rapports entre les joueurs et les différentes équipes pour lesquelles ils évoluent pendant la période des vacances complique davantage la situation.

Les différents témoignages recueillis font apparaître une réalité complexe. Les championnats de vacances sont à la fois une source de revenus, une vitrine pour les talents, un espace de maintien de la culture footballistique et, dans le même temps, une source potentielle de blessures, de conflits et de mauvaises habitudes sportives.

À partir de ces différents points de vue, et après analyse des impressions de plusieurs autres acteurs influents du milieu sportif haïtien, joints à travers des échanges physiques et/ou téléphoniques sur le sujet, notamment Jeff CHERY, membre de l’AJSL ; l’ingénieur Guerlin MERISMA, président de la Ligue de Football de Jérémie et Jean Ernst THÉANO, président de FC Camagnol et ancien entraîneur de La Relève FC de Jérémie, une conclusion s’impose.

Les championnats des vacances portent en eux le paradoxe du football haïtien : ils sauvent le présent des joueurs tout en hypothéquant parfois l’avenir de la discipline. C’est en outre : Un phénomène à réformer plutôt qu’à supprimer

Ils offrent une survie financière et, dans certains cas, des opportunités de visibilité ou d’exil salvatrices à court terme. Mais ils ne peuvent se substituer durablement à une fédération forte, à des clubs structurés, à des centres de formation performants et à un championnat national régulier. L’enjeu n’est donc pas nécessairement de faire disparaître les championnats de vacances. Il est plutôt de les intégrer dans une vision globale du développement du football haïtien.

Une meilleure coordination entre organisateurs, clubs, centres de formation, entraîneurs, instances fédérales et pouvoirs publics pourrait permettre de transformer ces compétitions populaires en véritables plateformes de détection, de formation et de développement. Il faudrait notamment instaurer des mécanismes de protection des joueurs, limiter le nombre de matchs disputés sur une courte période, améliorer les infrastructures, garantir un minimum d’assistance médicale, encadrer les relations contractuelles et créer des passerelles réelles vers les clubs et les compétitions officielles.

Le football haïtien ne manque ni de passion ni de talents. Il lui manque surtout un système capable de transformer cette richesse humaine en performance durable. Les championnats de vacances pourraient ainsi cesser d’être un simple refuge saisonnier pour devenir un maillon à part entière de la chaîne de développement du football national.

Le véritable défi consiste donc à transformer cette formidable énergie populaire en une force structurée. Autrement dit, faire des championnats de vacances non plus un substitut au football professionnel, mais un véritable tremplin vers celui-ci.

By Stanley Belfort

Journaliste, communicateur,professeur et comptable en formation

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